"Chagrin d'école" de Daniel Pennac

Daniel Pennac, de son vrai nom Daniel Pennacchioni, est un écrivain français né à Casablanca, en 1944. Il reçoit le prix Renaudot en 2007 pour son essai "Chagrin d'école". Dans ce livre que je viens de relire avec beaucoup, beaucoup de plaisir, l'auteur nous parle de son enfance de cancre...

"Une douleur, nous dit-il, dont il est difficile de se remettre ! ". En 320 pages, l'ancien "dernier de la classe"... devenu enseignant et romancier à succès... raconte son désarroi et son calvaire passés... cet avenir "réduit à rien"... l'angoisse des parents. Il y ajoute un message : "pour se sauver à ses propres yeux, le cancre doit s'apercevoir qu'il existe aux yeux des adultes, qu'il a de la valeur pour eux. Et pour ce faire, il faut qu'il sente un certain amour dans la transmission du savoir : l'amour du professeur pour la matière qu'il enseigne, son intérêt réel pour sa classe et pour chaque individu à l'intérieur de cette classe, fût-ce le plus nul". Une belle leçon de pédagogie, pour tous les managers, entraineurs et pour nous parents !!!

 
Avant le chapitre 11, voici quelques mots de Daniel Pennac sur l'écriture de ce livre :

"Le chagrin d'être cancre relève du chagrin d'amour. Le cancre a le sentiment d'être profondément inutile, donc indigne d'amour.
Revenir sur cette enfance n'a pas été une promenade de plaisir. Il m'a fallu quatre ans pour écrire ce livre, qui semblera peut-être du "Pennac" souriant, avec des anecdotes amusantes, etc.
Mais de sentir remonter en moi ces journées interminables, les cours où je ne comprenais rien, les leçons que je ne retenais pas, les devoirs sur lesquels je séchais, non, ça n'a pas été drôle".


Le cancre, c'était lui, "Daniel Pennacchioni...Fils d'un polytechnicien et d'une mère au foyer. Elevé dans une famille aimante et cultivée, dernier de quatre garçons dont les trois premiers ont fait de bonnes études".
Voici l'un de ses bulletins de notes ( quatrième de couverture de son livre).


Comme il arrive parfois, l'élève Pennac a été "sauvé" de sa "cancrerie" en classe de troisième, par un professeur de français.
Celui-ci lui a demandé non pas une dissertation, mais un roman, que le jeune Daniel livrait, chapitre par chapitre.

Se remet-on d'avoir été mauvais élève ?
Pas aisément, même si on le dissimule "par une attitude désinvolte" ou "de joyeux récits à posteriori".

Chapitre 11 de "Chagrin d'école" :

"A tous ceux qui, aujourd'hui, imputent la constitution de bandes au seul phénomène des banlieues, je dis : vous avez raison, oui, les regroupements ethniques, oui, la tyrannie des marques, la famille monoparentale, oui, le développement d'une économie parallèle et les trafics en tout genre, oui oui, oui...
Mais gardons-nous de sous-estimer la seule chose sur laquelle nous pouvons personnellement agir et qui, elle, date de la nuit des temps pédagogiques : la solitude et la honte de l'élève qui ne comprend pas, perdu dans un monde où tous les autres comprennent.

Nous seuls pouvons le sortir de cette prison-là, que nous soyons ou non formés pour cela.

Les professeurs qui m'ont sauvé - et qui ont fait de moi un professeur - n'étaient pas formés pour ça.
Ils ne se sont pas préoccupés des origines de mon infirmité scolaire. Ils n'ont pas perdu de temps à en chercher les causes, et pas davantage à me sermonner. Ils étaient des adultes confrontés à des adolescents en péril. Ils se sont dit qu'il y avait urgence. Ils ont plongé.

Ils m'ont raté. Ils ont plongé de nouveau, jour après jour, encore et encore... Ils ont fini par me sortir de là. Et beaucoup d'autres avec moi. Ils nous ont littéralement repêchés. Nous leur devons la vie. "


Et pour finir ce billet : "Le cancre" de Jacques Prevert

"Il dit non avec la tête
Mais il dit oui avec le coeur
Il dit oui à ce qu'il aime

Il dit non au professeur
Il est debout
On le questionne
Et tous les problèmes sont posés
Soudain le fou rire le prend
Et il efface tout
Les chiffres et les mots
Les dates et les noms
Les phrases et les pièges
Et malgré les menaces du maître
Sous les huées des enfants prodigues
Avec des craies de toutes les couleurs
Sur le tableau noir du malheur
Il dessine le visage du bonheur."


Jacques Prevert

Allez, au plaisir de lire, et vous lire ...

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