Différences culturelles ... une vraie richesse !


Il y a quelques jours, j'ai eu la chance de vivre une magnifique journée de réflexion sur les différences culturelles et religieuses entre l’Europe, le bassin méditerranéen, la Chine, l’Inde et l’Asie du Sud Est ... avec Madame Hesna Caillau .

Cette brillante femme sait de quoi elle parle ...
Née d’un père turc de tradition musulmane et d’une mère danoise de tradition protestante, elle est mariée à un français de tradition catholique.
Diplômée de Sciences Pô et de Sociologie, universitaire, et expert auprès de chefs d’entreprise, elle a pu constater dans sa vie combien les religions aident à comprendre les mentalités.
Ses voyages en Asie et en Occident lui font dire : « on ne connaît l’âme d’un peuple qu’à travers ses qualités. »

Quelques explications sur cette belle histoire de points forts... et plus particulièrement sur la notion de temps !!!

Propos d' Hesna Caillau

INTRODUCTION
La mondialisation met en évidence l’importance des traditions religieuses et culturelles pour comprendre les mentalités et les comportements. Religion et culture sont indissociables.
Culture = valeurs qui induisent une vision du temps, une conception de la vie, de la morale, une manière de penser, de se comporter mais aussi de manager. Croyants ou athées, nous sommes modelés par nos traditions.
La croyance en l’universalité de ses valeurs est une forme de naïveté inefficace en affaires, et dangereuse en politique.



Culture américaine : égalité des chances, travail acharné, compétition sans merci, réussite et responsabilité individuelle.
L’individualisme est condamné dans tout l’Orient, considéré comme mortifère.
Les cultures orientales mettent l’accent sur :
- le groupe, la tribu, le clan, le réseau
- l’ordre social avec, pour corollaires : le culte de l’autorité et le respect de la hiérarchie.

L’ordre est assuré en terre d’islam par les militaires, en Inde par le système des castes en Chine par le PC (aussi sacré en Chine que la République en France).

Il ne saurait y avoir de culture universelle, ne serait-ce que par la diversité des langues.
Seule 10% de l’humanité pense en anglais (les langues les plus parlées dans le monde sont le chinois, l’arabe et le hindi).
La langue est un facteur fondamentale de l’identité : un Arabe chrétien est plus proche d’un Arabe musulman que d’un Français chrétien. La confrontation des cultures bouscule nos évidences, nous permet de découvrir d’autres évidences et c'est tant mieux ! Bachelard disait : « une âme habituée est une âme morte ».



La connaissance : c'est le meilleur antidote au racisme.
Le mépris ou la peur de l’étranger est toujours lié à l’ignorance (ignorance et arrogance vont de pair).
C’est dans la comparaison que l’on peut percevoir l’originalité de sa propre culture et aussi découvrir des chemins oubliés de la pensée. Dans un monde désormais multipolaire et interdépendant, une seule grille d’analyse, la nôtre, ne suffit plus :
« Plutôt que d’ouvrir les autres à la raison, ouvrons-nous à la raison des autres » disait Claude Lévi-Strauss car l’autre a des raisons que ma raison ignore »
Lorsqu’une négociation échoue, on a tendance à penser que c’est dû à l’incompétence de l’autre, à sa mauvaise volonté voire à sa duplicité.
Or cela tient le plus souvent à des différences culturelles et religieuses.
D’où l’intérêt de les connaître.

La vision du temps : une flèche, une sinusoïde, une spirale ...

Une flèche.
Temps linéaire et progressif pour l’Occident, vision héritée de la Bible : une ligne droite montante avec un début et une fin quelque soit cette fin, marquée par des événements majeurs qui se suivent et ne se répètent pas.
Il en résulte une pensée causale et linéaire, la croyance au progrès et l’importance donnée à l’histoire et à la mémoire passée, un des piliers du judaïsme.



Une sinusoïde.
Le Coran, contrairement à la Bible, n’est pas une histoire mais un monologue de Dieu avec lui-même.
Il se déroule sans ordre logique, mélange les genres en mode simultané : un micmac.
Il en résulte une vision du temps discontinu et fragmenté : Le temps se fait et se défait à chaque instant par Dieu ; c’est Dieu qui en dernier recours tranchera ; d’où le mot « inch’allah » qui clôt toute négociation, toute action.
Les musulmans ne s’intéressent pas à l’histoire : « Dieu a inventé la géographie, Satan l’histoire » dit le Coran.
Ils s’intéressent à l’origine de l’islam, à cette période sacrée où le Coran durant 20 ans est descendu sur terre en « une pluie d’étoiles »
Le Ramadan fête la 1° descente du Coran sur terre, d’où l’importance de cette fête. Ils ne croient pas au progrès : l’humanité évolue en passant par des creux et des sommets.



Une spirale ...
Il en va de même pour les Indiens et les Chinois dont les religions ont développé une vision d’un temps cyclique et répétitif : un éternel recommencement mais un recommencement jamais semblable.
Il en résulte :
- 1) une pensée toujours en mouvement, qui ne se fixe jamais car le mal c’est la fixation, non la transgression.
Le pire défaut c’est de vouloir avoir raison, car alors on s’enferme dans son raisonnement et on devient sourd et aveugle aux idées nouvelles.

- 2) une pensée circulaire qui balaie tout sur son passage : approfondir plus important que clarifier, d’où l’importance accordée aux détails : « un détail qui cloche, c’est une cloche qui sonne »
La contrepartie est la difficulté pour les Chinois et les Indiens de synthétiser.

Au contraire notre vision linéaire du temps nous donne la capacité d’aller droit à l’essentiel et donc de synthétiser.
« Droit » dans la Bible est « synonyme de juste,
« courbe » de fourbe : « une âme droite dans un corps droit » représente le redresseur des torts.

Tout ce qui est droit, met le Chinois mal à l’aise et lui donne le sentiment du faux :
« L’arbre tordu vivra sa vie, l’arbre droit finira en planches »

Jardins et ponts en zigzag, portes en demi lune, murs écrans pour arrêter les mauvais esprits car :
« seul le diable marche droit, le sage lui marche en zigzaguant »
Pour travailler avec eux, commencer par casser toute ligne droite, car ils ont développé au plus haut point l’art du détour et de l’esquive.
Il en va de même pour les Indiens.



- 3) Le monde perçu comme un réseau d’événements qui interagissent et rétroagissent les uns avec les autres, dans un rapport de résonance et non de cause à effet.
L’important est de trouver, non pas comme nous les causes à l’origine des événements, mais les interconnexions, les liens subtils qui les relient (fonction de la médecine chinoise et indienne dite ayurvédique).

- 4) : Une approche différente de l’Histoire
La Chine considère l’Histoire non pas comme une succession d’événements majeurs faisant rupture, mais comme un processus de transformations silencieuses : ainsi le 11 sept n’est pas l'évènement brutal qui fait basculer l’Histoire du monde, mais l’avènement de quelque chose qui s’est préparé longtemps à l’avance, de façon souterraine, et que l’on n’a pas su détecter.
D’où l’importance d’éclairer les signaux faibles annonciateurs (Ming).

A noter : la démocratie et les médias occidentaux ne cessent de créer des événements sonores pour capter l’intérêt.
En Inde, on observe un relatif désintérêt pour l’Histoire « Une nation heureuse, disait Gandhi, n’a pas d’Histoire »
La culture indienne considère le mythes religieux plus vrais que l’histoire, les rêves plus vrais que la réalité.
Nation profondément religieuse : Dieu est aussi évident que leur propre souffle.
La mort de Dieu est une invention de cerveaux malades !
Ils vivent tellement intensément leur religion qu’ils n’ont pas besoin de psy (36 seulement en chine et que pour les expatriés).

- 5) La rapidité n’est pas un critère d’intelligence en Orient mais un signe d’immaturité.
Dicton chinois : « on ne tire pas sur les plantes pour les faire pousser plus vite»
Le Coran : « La hâte est de Satan, la patience est de Dieu »

Plus on occupe une position élevée, plus on est majestueux et lent.
Le temps n’est pas une valeur marchande : on ne parle jamais de « temps perdu, gagné, gaspillé » « Time is relation ».
Croyant à la réincarnation (le samasara) l’Indien et le Chinois ont « l’éternité pour se réaliser »
Ils vivent mieux les crises que nous : crise = danger et opportunité.
« Il n’ y a pas d’échec, que des enseignements »
Si l'on n’apprend pas à échouer, on échoue à apprendre. Dans tout l’Orient : la vieillesse n’est pas un naufrage, mais sagesse et expérience.



- 6) : La priorité donnée à l’instant présent.
Bouddha : « le passé est dépassé, le futur aléatoire, la seule réalité est ici et maintenant »
Pas de culte de la mémoire passée, héritage du judaïsme, ni de quête de bonheur lié à l’idée de finalité et à une conscience individuelle forte.

Le Coran interdit au musulman de se projeter dans l’avenir.
Sacrilège d’imaginer contrôler le futur qui est dans la main de Dieu.
D’où le mot inch’allah qui clôt toute négociation, toute action, expression d’humilité à savoir qu’on ne peut pas tout contrôler.
A l’opposé de notre fameux « vouloir c’est pouvoir »
Gérer un agenda n’est pas leur préoccupation.

« Vivre l’instant présent » n’a pas le même sens en terre d’Islam et en Inde d’une part, dans les pays sinisés d’autre part :
- pour les musulmans et les Indiens = carpe diem : « jouir de la vie équivaut à une prière » dit le Coran
- pour les peuples sinisés : être attentifs ici et maintenant aux signaux avant coureurs pour mieux saisir les opportunités.
Lao Tseu : « Celui qui a les yeux fixés sur un but marchera estropié dans la vie, car il ne voit pas alors ce qui se passe à la hauteur du sol » Le Nouvel An chinois, en plein cœur de l’hiver, est une invite à capter les signaux annonciateurs car « qui voit l’invisible est capable de l’impossible ».

Les Chinois divisent le temps en temps durée et en temps occasion : c’est la stratégie du chat Deng en 78 : « peu importe que le chat soir blanc ou noir, l’important est qu’il attrape la souris »
Confucius conseillait d’être dans la vie comme des poissons ds l’eau : le poisson vit dans l’instant présent, toujours aux aguets ; il ignore la ligne droite, ne s’attache à aucun port, c'est-à-dire à aucun schéma pré établi pour rester ouvert à tous les possibles et ne vise aucun but précis.
La poursuite d’objectifs réduit la capacité de saisir les opportunités et dilapide inutilement l’énergie.



Dans un monde devenu de plus en plus mouvant, complexe et incertain, les Chinois sont comme des poissons ds l’eau de la complexité. !
Ce que nous appelons le monde réel, ils l’appellent le monde flottant,
Ce mot très positif dans leur langue ne signifie pas tanguer, dériver, mais onduler sur la vague, être comme le surfer qui utilise la puissance de la vague pour progresser.

La suite dans un prochain épisode... sur un autre thème !

D'ici là, si vous voulez approfondir cette découverte des différences culturelles du monde ... ... je vous invite à lire ce livre : L'esprit des religions - Connaître les religions pour mieux comprendre les hommes, de Hesna Cailliau.

Allez au plaisir de vous lire... Enjoy !

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